Le Luxembourg veut devenir la nouvelle terre d’accueil des gestionnaires de fonds

Grâce à la réforme du carried interest, le Luxembourg entend attirer non seulement les fonds d’investissement, mais aussi les talents qui les dirigent. Une évolution qui pourrait redessiner la carte européenne des family offices et de la gestion alternative.

Pendant longtemps, le Luxembourg s’est imposé comme la capitale européenne de l’administration des fonds d’investissement. Aujourd’hui, le Grand-Duché affiche une ambition plus vaste : devenir également un centre de décision où les gestionnaires de fonds choisissent de vivre, de travailler et d’investir.

Depuis plusieurs décennies, le pays a bâti un écosystème de référence autour de la structuration des fonds, de leur domiciliation, de leur administration, de la conservation des actifs et de la conformité réglementaire. Cette expertise reconnue lui a permis de devenir l’une des principales places financières mondiales.

Avec la réforme du régime fiscal applicable au carried interest, le Luxembourg franchit désormais une nouvelle étape. Son objectif n’est plus seulement d’accueillir les véhicules d’investissement, mais aussi les femmes et les hommes qui prennent les décisions d’investissement.

Le message adressé aux professionnels est clair :

Installez vos équipes et votre centre de décision au Luxembourg, pas uniquement vos fonds.

Pour les family offices, cette évolution est loin d’être anodine. Elle influence directement l’endroit où se concentrent les talents, où se prennent les décisions stratégiques et où se construisent les relations de confiance à long terme.


Une réforme fiscale qui change la donne

La réforme de l’article 99bis de la loi luxembourgeoise sur l’impôt sur le revenu (LIR), introduite le 24 juillet 2025, adoptée par la Chambre des Députés le 22 janvier 2026 et applicable dès l’exercice fiscal 2026, établit un cadre plus lisible et plus compétitif pour l’imposition du carried interest, cette rémunération liée à la performance qui constitue un élément central dans les métiers du private equity et des investissements alternatifs.

Le nouveau dispositif distingue désormais deux catégories :

  • Le carried interest contractuel, considéré comme un revenu extraordinaire et bénéficiant d’un taux effectif d’imposition réduit pouvant atteindre 11,45 % ;
  • Le carried interest lié à une participation au capital, susceptible de bénéficier d’une exonération d’impôt sur le revenu lorsque certaines conditions sont réunies, notamment une véritable prise de risque économique et le respect de conditions de détention.

Au-delà des aspects techniques, cette réforme apporte surtout de la clarté. Elle distingue précisément les différentes formes de carried interest et sécurise leur traitement fiscal.

Autre élément essentiel : ces avantages sont réservés aux résidents fiscaux luxembourgeois. Le gouvernement renforce ainsi le lien entre résidence, fiscalité et implantation des centres de décision.

Il ne s’agit donc pas simplement d’une évolution fiscale.

C’est un véritable signal stratégique.

Depuis de nombreuses années, le traitement du carried interest fait débat à l’échelle internationale, entre rémunération du travail et rendement du capital. En clarifiant son régime, le Luxembourg rejoint les grandes places financières qui cherchent à attirer non seulement les fonds, mais également les professionnels qui les dirigent.

Pour les acteurs du secteur, la stabilité et la prévisibilité du cadre fiscal comptent souvent autant que le niveau d’imposition lui-même. Les politiques de rémunération influencent directement le lieu où les équipes choisissent de s’installer, où les sociétés développent leurs centres de décision et où le patrimoine se constitue sur le long terme.

Pour les family offices, les conséquences sont tout aussi importantes : elles concernent le choix du lieu d’implantation des équipes d’investissement, la structuration des mécanismes d’intéressement ainsi que l’ancrage durable des patrimoines.

Pour davantage d’informations, il est possible de consulter l’article 99bis de la loi luxembourgeoise sur l’impôt sur le revenu ainsi que les travaux parlementaires correspondants.


De la domiciliation des fonds à l’accueil des décideurs

Pendant longtemps, Londres, New York, Paris ou Genève ont été les villes où se prennent les décisions d’investissement, tandis que le Luxembourg assurait principalement les fonctions administratives.

La réforme actuelle traduit une ambition différente : rejoindre ce cercle restreint des places où se concentrent également les équipes dirigeantes.

Les arguments avancés sont solides :

  • un environnement réglementaire reconnu à l’international ;
  • un écosystème financier parmi les plus développés d’Europe ;
  • une stabilité politique et économique exemplaire ;
  • une excellente qualité de vie ;
  • un régime fiscal compétitif pour le carried interest.

Et, comme aiment à le rappeler certains observateurs avec humour, le Luxembourg possède lui aussi une rivière. Certes plus modeste que la Tamise ou la Seine… mais, à l’image du pays, tout y fonctionne remarquablement bien.

L’ambition luxembourgeoise n’est pas de remplacer Londres.

Elle consiste plutôt à offrir aux gestionnaires de fonds une base européenne performante, tout en leur permettant de conserver leurs réseaux internationaux et leurs activités transfrontalières.

Pour les family offices présents dans plusieurs juridictions, cette approche favorise également une plus grande souplesse dans l’organisation de leur gouvernance, de leurs co-investissements et de leur planification successorale.

Le véritable défi : convaincre les talents de franchir le pas

Une fiscalité attractive, à elle seule, ne suffit pas à faire déménager des professionnels expérimentés.

Pour un gestionnaire de fonds, un dirigeant ou le responsable d’un family office, une relocalisation ne se résume jamais à une simple décision financière. Elle touche à la famille, au patrimoine, à la gouvernance et à la continuité de l’activité.

Les sciences comportementales montrent que ce type de décision est freiné par une multitude de « coûts de friction » qui, mis bout à bout, peuvent décourager même les projets les plus pertinents.

Parmi les principaux obstacles figurent :

  • les démarches administratives liées à l’immigration et à la résidence ;
  • la recherche d’un logement adapté ;
  • le choix des établissements scolaires pour les enfants ;
  • les perspectives professionnelles du conjoint ou de la conjointe ;
  • l’intégration dans un nouvel environnement social ;
  • la reconstruction d’un réseau professionnel ;
  • la perception d’un risque pour la carrière.

Même lorsque les bénéfices à long terme sont évidents, l’effort immédiat nécessaire au changement conduit souvent à repousser, voire à abandonner, le projet.

C’est pourquoi la réussite d’une politique d’attractivité repose autant sur la qualité de sa mise en œuvre que sur les avantages qu’elle propose.


Comment attirer durablement les talents de l’investissement ?

Du point de vue des family offices, la question n’est pas de savoir si le Luxembourg est attractif.

La véritable question est de savoir s’il est simple de s’y installer.

Plusieurs approches, largement documentées par les sciences comportementales, pourraient accélérer l’arrivée de nouveaux gestionnaires de fonds.

1. Proposer un accompagnement personnalisé dès l’installation

Les premiers mois sont déterminants.

Mettre en place un parcours d’installation coordonné permettrait de réduire considérablement les freins au déménagement.

Celui-ci pourrait notamment comprendre :

  • un interlocuteur unique chargé d’accompagner chaque famille ;
  • un accès facilité au marché du logement ;
  • des démarches administratives accélérées ;
  • un accompagnement dédié aux besoins de la famille (écoles, santé, installation…).

En réduisant la complexité du parcours, on augmente naturellement la probabilité que les projets aboutissent.


2. Donner davantage de visibilité aux expériences réussies

Les décisions de relocalisation sont fortement influencées par l’exemple des autres.

Les investisseurs accordent une grande importance aux retours d’expérience de leurs pairs.

Le Luxembourg gagnerait ainsi à mettre davantage en avant :

  • des témoignages de gestionnaires ayant choisi de s’y installer ;
  • des études de cas illustrant des transitions réussies ;
  • des réseaux de professionnels britanniques, américains ou internationaux déjà présents dans le pays.

Voir des personnes ayant un profil similaire réussir leur installation réduit considérablement le sentiment d’incertitude.


3. Simplifier le parcours de décision

La complexité est souvent l’ennemi de l’action.

Un guide pratique clair, accessible publiquement et détaillant chaque étape d’une installation au Luxembourg pourrait transformer un projet perçu comme compliqué en un processus simple et rassurant.

Par exemple :

« De Londres au Luxembourg en 90 jours »

Une feuille de route précise permettrait aux candidats à la relocalisation de mieux anticiper les démarches et de prendre leurs décisions avec davantage de confiance.


4. Penser à toute la famille

Les décisions de mobilité internationale ne concernent jamais uniquement le professionnel.

Elles engagent l’ensemble du foyer.

C’est pourquoi les éléments suivants sont souvent aussi importants que les considérations fiscales :

  • la qualité du système scolaire ;
  • les opportunités professionnelles pour le conjoint ;
  • les infrastructures culturelles et sportives ;
  • la facilité d’intégration dans la communauté locale.

Pour un family office, la qualité de vie constitue un facteur d’attractivité au même titre que la compétitivité fiscale.


5. Favoriser une intégration rapide dans les réseaux professionnels

Pour les dirigeants expérimentés, le sentiment d’appartenir rapidement à un nouvel écosystème est essentiel.

Des mises en relation structurées avec :

  • des investisseurs locaux ;
  • des family offices luxembourgeois ;
  • des réseaux de co-investissement ;
  • des associations professionnelles ;
  • des communautés internationales ;

permettraient d’accélérer aussi bien la continuité des activités que l’intégration personnelle.


Ce que cela signifie pour les family offices

Le choix d’une implantation géographique devient progressivement un véritable levier stratégique.

La concentration des talents influencera de plus en plus :

  • l’accès aux opportunités d’investissement ;
  • les possibilités de co-investissement ;
  • la qualité des réseaux professionnels ;
  • la proximité avec les principaux décideurs.

Dans ce contexte, la diversification géographique ne constitue plus uniquement un outil de gestion des risques.

Elle devient également un facteur de création de valeur.

Au-delà de la fiscalité : construire un véritable écosystème de décision

L’ambition du Luxembourg ne peut se limiter à attirer de nouveaux résidents grâce à un régime fiscal compétitif.

L’objectif est plus ambitieux : faire du Grand-Duché un lieu où les décisions d’investissement sont prises, où les équipes souhaitent s’établir durablement et où les entrepreneurs, investisseurs et familles trouvent un environnement propice au développement de leurs projets.

Pour atteindre cette ambition, plusieurs conditions devront continuer à être réunies :

  • favoriser les opportunités de co-investissement entre acteurs locaux et internationaux ;
  • développer les viviers de talents et renforcer les passerelles avec les universités et les institutions de formation ;
  • soutenir l’innovation financière et les nouvelles classes d’actifs ;
  • maintenir un cadre réglementaire agile et prévisible ;
  • offrir une qualité de vie capable d’attirer durablement des dirigeants et leurs familles.

Autrement dit, créer un environnement où gérer un fonds depuis le Luxembourg devient une évidence, et non une exception.


La perspective de LIEFO

Pour les family offices, la question n’est plus de savoir si le Luxembourg renforce son attractivité.

La véritable question est de savoir comment tirer parti de cette évolution.

Le Grand-Duché dispose aujourd’hui d’une infrastructure financière parmi les plus performantes d’Europe. La prochaine étape consiste à renforcer les infrastructures humaines : accompagner les talents, faciliter leur installation et créer un environnement où investisseurs, entrepreneurs et familles peuvent s’inscrire dans la durée.

Les juridictions qui réussiront demain seront celles qui sauront attirer non seulement les capitaux, mais aussi les femmes et les hommes qui les font fructifier.

Le Luxembourg possède aujourd’hui de nombreux atouts pour relever ce défi.

Pour les family offices, il ne s’agit plus seulement d’un lieu où domicilier des structures d’investissement. Il devient progressivement un lieu où construire une stratégie, développer un réseau et accompagner plusieurs générations d’entrepreneurs et d’investisseurs.

Comme souvent, ceux qui s’engagent les premiers bénéficieront non seulement d’un écosystème en pleine évolution, mais contribueront également à en façonner l’avenir.

À retenir

  • Le Luxembourg modernise le régime fiscal du carried interest.
  • Les avantages sont réservés aux résidents fiscaux luxembourgeois.
  • L’objectif est d’attirer les gestionnaires de fonds, et pas uniquement les structures d’investissement.
  • Pour les family offices, cette évolution renforce l’attractivité du Luxembourg comme lieu de décision, d’investissement et de gouvernance.

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